V.

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Légende / Description

Crédits: Alexandros Tzortzis (Instagram: @alexandrostzortzis)

Tu t’assois derrière un bureau d’école
Dessus tu déposes le bout de tes doigts de fille
Que tu as découpés soigneusement cette nuit
Tu couches ton cœur tes intestins
Ta rate
Pis deux trois stripes de tes fascias
Que tu penses avoir choisis tout seul.


Le tas de tes membres pulse comme une gomme à effacer fâchée
Tu regardes ça
De tes yeux qui se parlent en codes secrets
On te regarde
De nos yeux qui ne comprennent pas tout de suite
Et par-dessus l’offrande de tes précieux organes
Tu garoches une chape de plastique bleue comme en camping sauvage quand tu sors tout nu dans l’orage même si tes bras tremblent dans la pluie
Tes bras tremblent d’un froid qu’on appelle aussi l’effroi
L’été et l’hiver et au centre du feu, à la pointe du monde et à l’île de la Réunion, toujours tu as
De tout petits tout
Petits bras.


Aujourd’hui tu les caches
Dans tes chandails de vieille laine amérindienne pleine de trous
Tu ne les vois pas
Les trous
Tu t’imagines étanche et consciemment ficelé c’est ainsi que tu peux déposer
Une partie de ton dedans devant nous et garder l’autre pognée dans ta personnalité de poète de grange calculé. Tes fins de phrases chantent de désinvestissement tu trouves la mi-juin particulièrement intéressante tu brouilles le sarcasme comme des omelettes le dimanche
En-dessous de la recette tu
T’en fous pas tant que ça
Dans tes yeux on la voit de loin, l’envie d’être
Un petit œuf de région
Fouetté tendrement, fourré avec soin, mangé avec le bout des mains
En-dessous de tes manches
Tes radius sont des petits gars
Et devant ton spectacle
Ma voix de tulle perce l’espace
Et rougit de te gêner
Et derrière tes cheveux mêlés par exprès
Je vois bien que t’es le dernier de la portée, tu deviens rouge sous le chapeau que tu retires à peine tu te dis que t’as déjà sacré le reste de ton souper sur le pupitre ça doit être assez comme ça pour nous autres
Et devant ton spectacle
Je le vois que les mèches ne veulent pas tourner comme il faut
Autour de tes doigts de fille en trip identitaire
Tu peines ça me peine mais en même temps
Je veux tout voir ce que tu t’appliques à masquer
Ce soir tu ne sens pas
L’air frais de la campagne à travers les trous de ton chandail de laine
Tu ne vois tellement pas
Les accidents artistiques dans tes vêtements
Tu ne le prends pas
Que la grâce soit gratuite, l’économie du don intégrale
Tu te réfugies dans le silo de ta seule virgule
Dans les alinéas sculptés au grès de tes poèmes qui n’en peuvent plus d’être en jachère.


Peut-être que tu as peur de ne pas suffisamment structurer la rhétorique de tes entrailles. Que ça déborde trop du sang avec lequel tu te penses très près. Qu’on voit clairement l’intérieur de ta cuisse et la bordure de ton oreillette, le tiret qui s’échappe des grandes lignes que tu traces avec force. Tu sépares tes états en deux, tu divises ton âme au milieu, rendu au bout du trait tes doigts sont rendus à trembler comme tes bras
Tes bras
Que ton art fait rapetisser
Quand tu ne choisis que les couleurs qui te font sentir à l’aise (carmin, brun mèche et bleu indigo)
Quand tu évites les pinceaux croches et boudes Pollock
C’est que tu écris avec les doigts toi
Tu te grées le corps de gouache toi
Tu fais sauter les couvercles des pots massons déchire les feuilles de papier carbone, toi
Tu connais
Ta cerise noire cérébrale
Mais ton cœur reste petit raisin sec dans le coma
Tu connais mais souvent dans tes ébats tu prends peur tu voudrais pas
Faire un dégât de toi-même.


Alors ce soir tu fais un tas
Avec l’ensemble des organes que tu choisis d’offrir
Tu fais comme si ça te faisait rien
Tes bras sont trop étroits pour se donner à voir, pour se sentir ce soir
Alors tu pousses tu essaies de tout faire entrer sous le grand plastique bleu
Bleu royal à marde
Bleu tsar de Russie qui écraserait son cigare au chou sur la petite plaie précieuse de tes avant-bras
Mais le bouchon de fourrure doublé de Sibéries
C’est toi.


Pour continuer à ériger la tuque de ta personnalité tu tiens fort les quatre coins de la lourde bâche
Dans le vent de juillet en février tu arrimes ton édredon de sentiments aux piquettes des quatre coins du pupitre
Et tout tangue, l’organisation ne supporte pas tes retraits à la marge tes alinéas malaisés
Tu proposes tes tripes pour souper
Mais tu es anorexique sur les bords
Tu te semi-présentes
Dans les poèmes tu poses plein de points au lieu de laisser se faire les trous
Ton cœur tes doigts et ta rate tirent des traits droits
C’est toi qui les y obliges, c’est parce que tes petits bras tremblent trop, tu les forces à faire du sens quand ils veulent sentir
Tu fronces les sourcils baisses ta tuque refais ta couette et lèves les yeux, regardes un coup en-dessous de la bâche de ton plastique contenantiel, quelque chose en toi veut quand même entendre tes organes pleurer.


J’ai peur
Que tu ne te ressembles pas assez
Je voudrais pour toi
La générosité de te donner
Nous offrir tes tripes en camping
Soulever la tuque sale de tes yeux de faiseur de petites flammes de grandes distances
Je voudrais laisser ma tête dodeliner
Te dire de l’autre côté
Je t’ai retrouvé
Tu étais déguisé en cœur léger.

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