R.

Auteur·e·s de l'entrée de carnet
Date de publication de l'entrée
Carnet référent
Image
Légende / Description

Crédits: Alexandros Tzortzis (Instagram: @alexandrostzortzis)

Ses yeux bleus sont bleus comme le ciel gris à travers le fenêtre embuée. Sa frange noire balaie
ses sourcils ciselés, les cheveux de son front tombent sur ses rides d’expression.

Elle est un clown triste à qui
Depuis un temps
On arrache le nez rouge, le blason.

— Alors t’es fondamentalement une mauvaise personne?
— Oui.

À l’hôpital des fous elle est posée sur le sofa à pois comme un fer dans un sac, une brique sur la bouette. Elle se traîne assise. C’est lourd tu comprends. Ses mains fabriquent un château aux murs troués. Un doigt ici un doigt là, un espace après et rien du tout avant. Ses mains sont un château aux murs écossés, une carcasse pelée. Elle construit de toutes ses forces un triangle blessé. Un tipi décharné. Une tour de cartes à jouer prête à dégringoler.

Elle essaie de se construire un radeau.
Sauf que
L’eau.

— Ça doit être dur de laisser les gens pénétrer l’horreur que tu es.

Elle baisse le front et tout répond. Ses majeurs se rejoignent de tout leur long. Leurs ongles avec du vernis noir dessus deviennent des harpons imbriqués, des ailerons d’orques prêts à tuer. C’est une caresse meurtrière, des amants bourreaux. Ses deux fuck you font la roue juste là, devant son visage de poupée fermée. Sur le divan picoté ses majeurs jouent à se liguer: contre elle, ses yeux pâles, ses cheveux las.

Elle essaie de dire.
Sa bouche est inondée.

— Ça veut dire que les gens sont complètement fous de t’aimer?

Les majeurs s’agrippent fort, se crispent encore.
Ses lèvres sont scellées à triple-tour ses cils des barreaux. Ses mains toutes prisonnières des dictateurs au milieu, leurs paumes cachées leurs auriculaires égarés. Ses yeux maigrissent au moins de moitié devant les majeurs dressés. Leur étreinte affame, les véritables tueurs vivent juste là au creux de ses mains, ils se liguent comme ses mots ses vœux, je ne sais pas ce qu’elle espère je ne sais pas ce qu’elle y peut.

— Penses-tu que ça pourrait être autrement un jour?
— Non mais j’essaye.

Autres entrées du carnet
Catherine Anne Laranjo
Sometimes a corner of the black screen lightens and a tiny guy in me gets up, excited
Catherine Anne Laranjo
Avec toi on a appris à regarder sans mourir.
Catherine Anne Laranjo
Elle parle de ce qu’elle écrit comme de scènes elle la découpe pour que la vie soit vivable