Image de couverture

Générosité. Antigua,Guatemala, juin 2014.

Générosité. Antigua,Guatemala, juin 2014.
Crédits: Alexandros Tzortzis (Instagram: @alexandrostzortzis)

 

Les gens

(ou les mots pour dire pas l'inspiration mais le matériau que m'ont fait les êtres qui me font)

Les gens
est un projet poétique pour dire
pas l’inspiration, mais le matériau
que m’ont fait les êtres qui me font.
 
Je suis ces lieux, je suis devenue ces gens.
 
Partout, toujours, je ne vais pas à des endroits: ce sont des personnes qui viennent à moi. Dans l’ici comme dans les ailleurs, les drapeaux ne sont pas des endroits, mais des noms. Ce sont des voix, des visages, des moments où pulsent une connivence secrète, un fil de lumière dans l’espace, un dénudement. Nous devenons ainsi ni l’un, ni l’autre, mais l’espace où nous nous touchons. Je recherche et me nourris de ces moments où la vulnérabilité partagée revêt une texture particulière, où quelque chose de précieux advient. En laissant le fragile espace des véritables rencontres me traverser, elles élisent domicile en moi. Et se mettent à y habiter des petits poèmes comme ceux-ci, qui pointent, entourent, creusent, compatissent, portent. Parce que, comme la poète Naomi Shihab Nye l’écrit, «it was never about who I was, but how I held them».
 
J’ai choisi d’accompagner chaque poème d’une photographie voyageuse, surtout des portraits, croqués par un être au plus près de mon cœur. Ses images ne captent pas nécessairement la personne que mes mots dessinent, mais il y a toujours un écho dans leur tonalité, leur essence, dans ce que l’un et l’autre me disent. J’aime ce geste de relier des êtres à leur insu, au-delà des cultures et des années et des continents, à travers le filtre de ma perception sensible. En nait un matériau encore plus riche, doublé, de l’étoffe dont les robes de mariées et les couches de bébé sont faites.

Pour citer

Laranjo, Catherine Anne. 2018. Les gens. Carnet en ligne sur le site Quartier F. http://quartierf.org/carnet/les-gens

Catherine Anne Laranjo
Ce moment, le pincement de tes mots, ton naturel en les disant tu y croyais.
Catherine Anne Laranjo
Je suis tombée dans la lune de tes yeux tu en as tellement de yeux qu’ils deviennent la lune.
Catherine Anne Laranjo
Elle prend ses efforts pour des larmes elle les attrape du bout de la langue
Catherine Anne Laranjo
Ses longs doigts tressés s’enlacent de la base au bout se déposent sur la table qui disparaît
Catherine Anne Laranjo
J’ai voulu me rappeler l’odeur de l’orange j’en avais embaumé la maison l’autre fois
Catherine Anne Laranjo
Ses yeux bleus sont bleus comme le ciel gris à travers le fenêtre embuée.
Catherine Anne Laranjo
Ma poitrine allait en se rétractant j’ai failli tomber dans le bol brûlant du rejet